Plusieurs fois dans ma vie, j'ai entendu dire qu'on était tous des enfants. J'ai jamais vraiment réfléchi à ce que ça voulait dire. Faut croire que ça ne m'intéressait pas. Que ça ne me touchait pas.
Moi je réfléchissais surtout à de qui j'étais la fille. Une question qui a tellement duré.
Qui m'a accompagnée si longtemps. Jusqu'à l'an dernier.
Je pensais aussi beaucoup à changer, évoluer.
C'était un leitmotiv. Je ne crois pas que ce le soit encore forcément.
J'ai dû finir d'accomplir ma mue.
Mais en tout cas, quand on veut "grandir", on ne s'intéresse plus guère à l'enfant en soi.
Un peu nostalgiquement. De temps en temps. Parce que l'insouciance, c'était bien aussi.
Comme si l'insouciance était le seul synonyme de l'enfance.
Et puis, est-ce la maternité ? Est-ce l'âge ? Une conjonction des deux probablement.
Et me voilà avec cette drôle de nouvelle qui me tombe dessus. Je ne suis jamais qu'une enfant.
Je n'ai pas tant changé, évolué, grandi.
Bien sûr, je ne fais plus 1m20 et je ne me cache plus dans les bras de ma mère chaque fois qu'un inconnu me parle.
Bien sûr, je ne me baigne plus nue et je n'ai plus de sens interdit sur la porte de ma chambre.
Bien sûr, la vie m'en appris des choses, parfois à mes dépends d'ailleurs.
Et oui, j'ai réussi à mettre en place la règle qui me semblait être la plus importante quand on devient adulte : ne jamais faire deux fois la même erreur.
Bien sûr, je suis une adulte. J'ai une carte d'identité qui le dit. La photo de mon permis de conduire commence à être sérieusement méconnaissable. Je paie mes impôts. J'ai une bague au doigt.
J'ai même un enfant.
Je commence à raconter des histoires vieilles de plus de vingt ans et le fait de savoir qu'un type né dans les années 90 est majeur, ça me fait ricaner. Je suis une adulte. Une vieille c*nne aussi peut-être.
Mais fondamentalement, la peau d'adulte, ça n'est qu'une peau.
Un déguisement. Un truc que j'ai enfilé un jour, sans trop savoir comment.
Au fond, je suis une enfant. Toujours. J'ai juste appris à faire semblant.
A faire avec. Ou à faire sans.
Mais parfois, j'ai bien envie de me rouler par terre à hurler parce que quelqu'un ou quelque chose m'a fait mal. Souvent, j'ai envie de crier que je suis vivante et que j'aime et que ça m'émeut.
L'autre jour, j'ai eu envie de me cacher dans les bras de ma mère parce que je n'y arrivais pas...
Je ne suis qu'une enfant. Je ne sais pas encore tout. Ni de moi, ni des autres.
Je peux encore trébucher, tomber et faire saigner mes genoux.
Je peux encore vibrer devant un livre de fées.
Je peux encore presque les yeux fermés, tailler un lance-pierre dans le bois de sureau.
Sentir les aspérités de notre bateau rouge... sentir mon corps qui tourne dans la vague immense... sentir sa main qui sort ma tête de l'eau et me ramène au rivage...
Je ne suis qu'une enfant. Faut-il tout de même encore donner le change ?
Pour qui ? Pour quoi ?
Pour mon fils ?
J'ai dans l'idée que s'il y a quelqu'un qui sait que je suis une petite fille, c'est bien lui. Quand je pousse son petit-train en faisant tchou-tchou et qu'il me regarde mi-interrogateur, mi-amusé...
Quand je couvre son autre maman de baisers...
Quand je lui murmure des poèmes à l'oreille, qui parle d'océans, de coquillages et de mats de misaine...
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